Rejjie Snow : "Ce que j'ai appris, j'essaye de le retranscrire à travers ma musique."

Interview publiée en aout 2017.

Tu viens de Dublin en Ireland. Lorsque tu étais enfant, tu as été victime de l’ignorance qu’on nomme racisme, mais très vite, tu as fait de ta différence une force. Peux-tu nous en dire plus sur ton enfance ? Comment est perçu ton retour en Ireland maintenant que tu es reconnu comme un talentueux musicien ? Est-ce une revanche ?

 

J’ai toujours été un peu confus en grandissant, par rapport à mon identité, où était ma place, mais je crois qu’en voyageant aux Etats-Unis, j’ai pu voir différents types de personnes, beaucoup m’ont inspiré.

C’était incroyable, voire étrange, car je n’avais jamais pensé être le premier sur le podium. Pour moi, c’est beaucoup de pression. Je suis fier, mais je reste jeune, je continue d’apprendre constamment.

Je dis musicien et pas rappeur, car tu as cette habilitée à te renouveler et nous proposer quelque chose de différent, tu utilises les instruments tels le saxophone, la flûte ou même le chant. Est-ce que c’est instruments t’ont empêché de te lasser de la musique Hip-Hop ?

 

Ce que j’ai appris, j’essaye de le retranscrire à travers ma musique. Je joué de la clarinette durant mon enfance. J’ai une passion pour les instruments. Comme genre musical (Hip-hop), c’est assez limité, il n’y a pas vraiment de chose à explorer. Je garde une base Hip-hop en apportant ma touche personnelle, comme la Pop, le Jazz et spécialement dans cet album, j’ai voulu apporter cette vibe et c’était important de marier ces deux univers

Tu as collaboré avec plusieurs artistes étrangers, comme l’artiste français Myth Syzer, ou encore Earl Sweatshirt, mais quand est-il des artistes de la scène Hip-hop en Ireland ?

 

Il y a beaucoup d’artistes Hip-hop en Irlande, mais nous manquons d’exposition. J’étais toujours en train de prouver que j’étais différent, montrer de quoi j’étais capable et quand je rentre en Irlande, c’est juste la confirmation de mon dur travail, car je vois des gens emprunter la même voie.

La première fois que j’ai fait de la musique c’était sur internet, je ne me suis jamais mélangé à la scène rap local. Je suis parti directement aux Etats-Unis, j’ai loupé beaucoup de chose ici, donc quand je suis revenu, c’était cool de voir des artistes émergents que je ne connaissais         pas, arrivés ces dernières années. C’est assez surprenant.

Personnellement, je trouve que tu es un oxymore parfait : à la fois calme et agressif, doux et amer, ta voix impact nos sentiments et nos tripes. Tu es un mélange de Lecs Luther et Hannibal Lecter et on le ressent dans tes textes qui sont parfois effrayant, oppressant et obscure. Je voudrais savoir d’où vient cette colère ?

Ma colère vient de ma réalité, de mon quotidien. Je suis passé par plusieurs émotions entre grandir à Dublin, vivre à Londres tout seul, car je suis parti très jeune de chez moi, j’ai dû m’endurcir. Je fais de la musique dans laquelle tu peux retrouver cette âme, cette colère, des solutions, de l’insécurité.

Après ta mixtape « The Moon &You » sortie en 2017, tu reviens avec quelque chose de lourd : cet EP en deux parties « Dear Annie ». Que peux-tu nous dire à propos de ce dernier bébé ?

C’est mon premier album, c’est mon précieux, c’est comme mon premier bébé. Je l’ai présenté au grand public en deux parties, parce que 20 titres, c’est assez dense. C’est probablement mon meilleur opus, j’ai mis beaucoup de temps et d’effort dans cette œuvre. C’est vraiment le monde que je voulais créer et heureusement on ressent l’expérience dans l’écoute.

La cover de ton projet “ Rejovich” avait suscité beaucoup de polémique. Peux-tu t’exprimer concernant cette nouvelle cover ? Que représente cette petite fille rousse en tant que symbole ?

 

J’aime les noms à l’ancienne. Ce nom est devenu automatiquement la représentation pour plusieurs choses. C’était drôle de réaliser l’album. J’aime tout ce qui est symbolisme et l’imagerie.

Quelqu’un m’a envoyé une image banale et j’ai tout de suite su qu’elle serait la cover de « Dear Annie ». Elle représente plusieurs significations, beaucoup de mauvaises choses, de façon maléfique. Tout est subjectif selon moi, les gens peuvent penser ce qui veulent tout sera bien reçu, du moment qu’ils en parlent, c’est ce qui compte.

Je sais que tu as une opinion radicale et particulière sur la mode. Comment te défends tu quand il s’agit de mode ?

J’aime la mode et j’aimerais bien créer un jour et je n’ai pas peur d’expérimenter. Spécialement quand je fais de la musique, c’est cool pour moi d’être une autre personne. Jouer le rôle du personnage que j’ai façonné… Mon nom est Alex, mais je reste Rejjie et j’aime jouer avec ces alter ego.

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